Incendie mortel dans le bar de nuit. « J’ai pris les choses à la légère », regrette le gérant

Incendie mortel dans le bar de nuit. « J’ai pris les choses à la légère », regrette le gérant

Rédigé le 12/09/2019
Vincent Abraham


Le sous-sol de 24,4 m², transformé en dancing avec DJ, où a eu lieu le drame dans la nuit du 5 au 6 août 2016. Au fond à gauche, le fumoir de 2,6 m2 où ont tenté de s’enfermer des victimes

Dans un long échange avec la présidente du tribunal, ce jeudi 12 septembre, Nacer Boutrif a commencé à dire ses regrets pour tous les manquements aux normes de sécurité dans son bar de nuit le Cuba Libre, à Rouen. Quatorze jeunes y ont péri dans la nuit du 5 au 6 août 2016.

 

« Finalement, tout ce qu’il ne fallait pas faire, vous l’avez fait. Et tout ce qu’il fallait faire, vous ne l’avez pas fait », résume Catherine Héron, la présidente du tribunal de Rouen, en s’adressant à Nacer Boutrif, qui comparait, jusqu’au mardi 17 septembre, avec son frère Amirouche, pour « homicide involontaire par la violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité ». Les deux frères étaient les gérants du bar rouennais le Cuba Libre où, dans la nuit du 5 au 6 août 2016, périrent dans un incendie quatorze jeunes venus fêter un anniversaire.

« De l’inconscience, je comprends »

S’engage alors un long échange entre la présidente et Nacer Boutrif. « Autant de manquements aux normes de sécurité dans votre établissement, même si vous ne maîtrisiez pas toutes ces normes, ça relevait du bon sens, de la logique… » « Oui, Madame. » « C’est même incroyable qu’il n’y ait pas eu d’incendie avant ce 5 août. » « Oui, Madame. »  « Rien n’a été fait sans votre autorisation, à votre insu. » « Oui, Madame. »

« Et cet escalier si étroit et raide, vous deviez avoir des remarques de clients, du personnel ? » « Je le voyais étroit oui. Des gens sont tombés sur les fesses. » « Votre optimisme frise l’inconscience. » « J’ai pris les choses à la légère peut-être. Vous dites que c’est de l’inconscience, je comprends. Mais il n’y a pas de mauvaise foi. Je croyais que j’avais le droit en faisant les travaux. Je n’ai jamais pensé au pire. »

« À l’époque, vous aviez 45 ans, pas 20 » , poursuit la présidente. « Je suis plutôt réfléchi, posé. Je fais les choses avec le cœur. Là, je n’ai pas réfléchi. J’ai beaucoup de défauts mais je ne suis pas de mauvaise foi. Ce n’était pas par calcul. La porte de secours, c’était une manie de la fermer. J’ai été cambriolé », raconte le gérant.

« Pas de mot pour qualifier ça »

Lorsque la présidente reprend tous les manquements aux normes (mousses de polyuréthane sur les murs, issue de secours fermée à clé, désenfumage, alarme…), Nacer Boutrif, qui se baisse pour parler dans le micro, répond brièvement  : « Je ne sais pas, Madame. Je n’ai pas d’explication. Je ne sais pas quoi vous répondre. Je n’ai pas de réponse. Je suis à côté de la plaque. Il n’y a pas de mot pour qualifier ça. »

 

Plus tard dans l’audition des deux prévenus et les questions des parties civiles, se pose le sujet du pardon aux familles. « Qu’est-ce que vous voulez que je demande pardon aux familles ? demande Nacer Boutrif. Un enfant, c’est irremplaçable. Pour les familles, c’est dur. Ils passent des moments difficiles. Je n’attends rien pour moi. Moi et mon frère, c’est un détail. Que je sois puni, que l’on fasse cinq ans de prison, c’est logique. Pour qu’elles fassent leur deuil. Même si je sais que c’est impossible. Je suis sincère. »