Agent de sécurité à Caen. Jugé pour tentative de viol, douze ans après

Agent de sécurité à Caen. Jugé pour tentative de viol, douze ans après

Rédigé le 12/09/2019
Vincent Abraham


Un homme de 36 ans a été jugé pour tentative de viol lors de la première audience de France de la cour criminelle expérimentale, à Caen. Il a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ans avec sursis. La partie ferme de la peine est entièrement aménageable.

 

Premier dossier peu commun examiné lors de la première audience de France de la cour criminelle expérimentale, à Caen, ce jeudi 5 septembre 2019. Le Calvados, un des sept départements retenus pour mener à bien ce test de trois ans, a ainsi ouvert la voie.

Le premier accusé de France a donc été jugé par cette juridiction, présidée par Jeanne Chéenne et composée uniquement de cinq magistrats professionnels.

Un procès qui fera date

Plusieurs difficultés dans l’examen de ce premier dossier qui fera date dans l’histoire de la justice française. Comme souvent dans les affaires de mœurs, c’est d’abord la parole de l’un contre celle de l’autre. Deux versions qui s’opposent et qui laissent forcément une part de doute à ceux qui doivent trancher. Et le doute doit bénéficier à l’accusé.

Tout remonte au vendredi 30 novembre 2007, à Caen. À 14 h 20, une femme de 32 ans dépose plainte au commissariat pour tentative de viol. Elle dit avoir passé la nuit précédente dans un bar du quartier du Vaugueux. Elle a fait la fête avec des amis. Bu « trois apéritifs anisés et cinq verres de champagne » . Avant de rentrer chez elle, seule, à pied, vers 4 h.

C’est là qu’elle est suivie par un homme. Il pénètre dans son immeuble. Puis dans son appartement du 3e étage. Elle est catégorique lorsqu’elle est entendue par les enquêteurs. « Il m’a poussée sur le lit de ma chambre. M’a déshabillée. M’a demandé de me laisser faire… C’était un homme noir avec une chevelure à la Corneille (coupe afro). »

De nombreux hématomes sur le corps de la victime

Elle se débat. Serre ses cuisses que son agresseur tente, lui, d’écarter. Il finit par partir. Elle contacte immédiatement une amie. « Elle était choquée, dira cette dernière. Elle était toute griffée sur le visage, avait du sang sur les lèvres. » Des examens médicaux confirment la présence de nombreux hématomes et de plaies sur tout le corps.

Les investigations permettent d’isoler des poils pubiens sur le lit et un ADN sous les ongles de la victime. Ils correspondent à un seul et même homme. Faute de suspect identifié, l’affaire est classée sans suite en février 2009.

Une affaire classée puis rouverte

Le dossier rebondit en 2012. Le 1er avril, la victime accusatrice trouve accidentellement la mort lors d’une chute alors qu’elle effectue un séjour à l’étranger. Quasiment au même moment, un homme est interpellé dans le cadre d’un dossier de violence. Les prélèvements effectués sur le suspect correspondent à l’ADN isolé lors des précédentes investigations.

C’est cet homme de 36 ans qui était jugé ce jeudi. Cet agent de sécurité, né de parents congolais, au physique impressionnant avec son 1,85 m et son crâne rasé (il portait des tresses au moment des faits dénoncés par la victime), conteste. « Je l’ai rencontrée dans la rue alors que je rentrais d’un bar de nuit, à Caen, nous sommes allés chez elle. Dans son appartement, on a un peu discuté, on s’est embrassé, caressé… J’ai mis un préservatif. Mais le rapport que nous commencions était un peu trop violent. Elle m’agrippait fort alors que je préfère les relations douces. Je suis parti… »

L’avocate plaide le bénéfice du doute

Des propos qui contredisent ses premières déclarations. Lorsqu’il a été entendu pour la première fois par la police, il se souvenait à peine être venu à Caen cette nuit-là, lui qui habitait Flers (Orne) à l’époque.

Son avocate, Me Sophie Lechevrel, insiste sur l’ADN d’un autre homme retrouvé sur le slip que portait la victime accusatrice cette nuit-là. ADN qui n’a mené à aucun autre suspect.

Pour Marc Faury, l’avocat général (accusation), les faits sont caractérisés. Il requiert cinq ans de prison dont un an assorti du sursis avec mise à l’épreuve. Me Lechevrel plaide le bénéfice du doute et demande l’acquittement.

 

La cour a condamné l’accusé à cinq ans de prison dont trois ans avec sursis simple. La partie ferme de cette peine est entièrement aménageable sous la forme du port d’un bracelet électronique. Si appel il devait y avoir, le procès aurait cette fois-ci lieu devant une cour d’assises classique.